Irlande du Nord, mai 2008 : que reste-t-il du conflit ?
Jeudi dernier, le Premier Ministre britannique Gordon Brown et le Maire de New York Michael Bloomberg se sont retrouvés à Belfast, à l’occasion du premier anniversaire de l’instauration d’un gouvernement paritaire en Irlande du Nord entre catholiques et protestants. La possibilité pour Londres de renforcer l’attractivité économique de l’Ulster, près de trois ans après l’annonce par l’IRA de la fin de la lutte armée. Pierre-Yves, corédacteur de Double Regard, s’est rendu en Ulster ainsi qu’en République d’Irlande du 8 au 11 mai. L’occasion de faire le point en images sur une île encore profondément marquée aujourd’hui par un conflit qui a tué 3200 personnes depuis 1968.
Faubourgs de Drogheda, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Dublin, la capitale de la République d’Irlande. Après plusieurs kilomètres de marche pour revenir des sites préhistoriques de Newgrange et Knowth, une voiture daigna s’arrêter me permettant de rejoindre le centre de Drogheda plus rapidement. Une discussion s’engagea avec le conducteur, qui demanda où je logeais. Réponse, Belfast, capitale de l’Irlande du Nord, à moins de deux heures en train de Drogheda. Premier froid, comme un léger malaise vite dissipé par la chaleur naturelle de l’accueil des Irlandais. Je fus ensuite amené à citer les différents lieux visités lors de ce court séjour irlandais. J’en vins par conséquent à citer la ville de Londonderry, deuxième commune d’Ulster. Que n’avais-je pas commis comme imprudence ! Derry, et non Londonderry, reprit le conducteur irlandais. Quelques instants plus tard, mon chauffeur revint sur cet échange en disant qu’il s’agissait d’une blague. Trop tard… Le cri du cœur était le cri du cœur… Il est vrai que parler de Londonderry en République d’Irlande était quelque peu osé de ma part… voire provoquant…
Cette ville du nord de l’Irlande, appelée Derry par les habitants de la République d’Irlande et les catholiques, Londonderry par les Britanniques et les protestants, n’est pas une cité comme les autres dans le cœur des Irlandais. En effet, c’est là-bas que démarra le conflit en 1968 par des émeutes découlant du désir des catholiques d’obtenir davantage de droits civiques. En 1972, dans la même ville, se déroula le terrible «bloody sunday», qui s’acheva par la mort de quatorze civils tués par l’armée britannique (voir les portraits des quatorze victimes sur un mur peint de Derry).
Avant de découvrir Londonderry, mon premier contact avec l’Ulster fut l’aéroport international de Belfast, situé entre le lac Neagh, troisième plus grand d’Europe, et la capitale de l’Irlande du Nord. Certains signes ne trompent pas dès l’arrivée : des policiers équipés systématiquement de gilets pare-balles et le survol d’un hélicoptère militaire démontrent bien la persistance d’un climat tendu dans cette province du Royaume-Uni. Arrivé en autobus à la gare routière, il ne me fallut pas beaucoup de temps pour découvrir l’un des nombreux murs peints que compte Belfast, tout comme Londonderry. Ces peintures rappellent l’histoire de l’Irlande, notamment le récent conflit armé, et célèbrent parfois la mémoire d’un défunt mort au service d’un des deux camps. Parfois, ces images de tailles impressionnantes sont également porteuses d’espoir, comme cette colombe de la paix d’un mur d’habitation de Londonderry. Leur proportion reste malheureusement infime à côté de visuels qui au-delà d’un nécessaire devoir de mémoire ne risquent pas de mon point de vue de permettre une réconciliation rapide et profonde entre catholiques et protestants.
Prendre le temps de regarder ces murs peints est en tout cas le meilleur cours d’histoire contemporaine possible pour qui veut comprendre un conflit violent et complexe situé à moins d’1h30 d’avion de Paris.
Comme dans tous les conflits armés, l’instrumentalisation de l’image de l’enfant, associé à l’innocence, est présente, comme en témoigne ce mur peint de Londonderry représentant Annette Mc Gavigan, une jeune adolescente de 14 ans fusillée en 1971 par un soldat britannique (voir photo). La légende de cette peinture réalisée par les «Bogside Artists» est, je cite, «la mort de l’innocence».
Même si rien ne justifie bien évidemment la mort d’un enfant, je suis très choqué par le fait que dans chaque conflit armé, l’image et la mémoire d’un enfant sont instrumentalisés à des fins politiques. Je ne peux m’empêcher de penser à cet enfant palestinien mort sous l’objectif d’une caméra de France 2. Enfant tué en réalité par des tirs palestiniens, mais devenu l’effigie de plusieurs timbres du monde arabe…
Instrumentalisation de l’enfance, et internationalisme du combat révolutionnaire. Ce deuxième aspect que je souhaite souligner se passe de longs commentaires. Le mur peint de Derry représentant Ernesto Guevara dit le Che est tout à fait explicite. Les plus observateurs des lecteurs de Double Regard auront également probablement remarqué la présence des couleurs aux côtés de celles de l’Irlande d’un drapeau se référant à un autre conflit armé, au Moyen-Orient cette fois-ci, sur l'une des photos précédentes...
Heureusement, à Londonderry, ou Derry, comme dans la plupart des villes du monde, il y a des enfants qui jouent au football, espérons le dans une certaine insouciance… Je ne saurais pas vous dire si ces enfants sont protestants ou catholiques, je ne leur ai pas demandé. A l’heure actuelle, je ne pense pas que des enfants des deux communautés jouent fréquemment ensemble au football. Mais ces enfants jouent ensemble, plutôt que de se livrer à des jeux de haine… Comme dirait le chanteur français Alain Souchon, c’est déjà ça…










Bravo pour ce reportage ! Tu aurais dû m'en parler quand on s'est parlé au téléphone...
Rédigé par: Julien Tolédano | le 20/05/2008 à 23:31
Merci beaucoup. Ce voyage passionnant s'est décidé en dernière minute et je ne crois pas me souvenir qu'il était déjà programmé lors de notre dernière conversation téléphonique!
Amitiés.
Rédigé par: Pierre-Yves | le 28/05/2008 à 00:20