Quelques enjeux des municipales à venir
Les élections municipales qui se dérouleront en mars prochain dans plus de 36 000 communes concernent en premier lieu des enjeux locaux. Dans la plupart des communes, notamment de petite taille, ce postulat s’avère une évidence. Cependant, cette échéance démocratique qui intervient un peu moins d’un an après l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République va bien entendu être scrutée avec beaucoup d’attention par les différents observateurs de la vie politique française comme un test national. Test national visant à mesurer au-delà des sondages la confiance des Français dans la majorité présidentielle et dans sa capacité à mettre en œuvre les mesures attendues notamment en ce qui concerne le pouvoir d’achat. Test national qui permettra d’évaluer la capacité de l’opposition, essentiellement socialiste, à rebondir sur le terrain local à défaut de proposer une alternative crédible sur le plan national…pour le moment en tout cas. Test national qui aura également le mérite de tirer les conséquences des stratégies d’ouverture mises en œuvre par l’UMP mais également par d’autres partis politiques comme le PS. Marseille est probablement le meilleur exemple d’une «ouverture multipolaire», puisque le Maire sortant et candidat à sa propre succession Jean-Claude Gaudin (UMP, ex-DL) accueille un élu PS sur sa liste, que l’opposition socialiste fait de-même en débauchant un responsable politique local issu à l’origine…du RPF de Charles Pasqua.
Quant au MoDem de François Bayrou, il a choisi de désigner comme tête de liste l’eurodéputé Vert Jean-Luc Benhamias, rallié depuis la présidentielle au leader centriste qui ambitionne de conquérir la Mairie de Pau, face à Yves Urieta, Maire socialiste sortant investi par…l’UMP.
Au niveau des grandes villes de métropole, l’objectif de l’UMP est avant tout de ne pas perdre de villes de plus de 100 000 habitants. Caen, Rouen et Strasbourg apparaissent ainsi en danger pour les candidats de la majorité présidentielle. En ce qui concerne Toulouse et Marseille, rien n’est non plus joué d’avance pour l’UMP et ses partenaires. A Bordeaux, un duel serré s’annonce entre l’ancien Premier Ministre UMP Alain Juppé et son adversaire socialiste Alain Rousset, Président de la région Aquitaine.
Même si l’UMP cherche avant tout à sauver les meubles en conservant un certain nombres de villes clés, Nicolas Sarkozy a fixé à la majorité présidentielle un objectif de conquête de taille, la reprise de Lyon à la gauche. Traditionnellement de droite, mais modérée (d’où le basculement à gauche de la capitale de la région Rhône Alpes en 2001 en raison de la division de la droite et de la droitisation d’une partie de cette famille politique autour de l’ancien Ministre de la Défense Charles Millon), Lyon se caractérise par un bilan du Maire sortant socialiste Gérard Collomb globalement très positif (mise en place avant Paris d’un système de vélos en libre service, gouvernance municipale plutôt consensuelle au centre-gauche, etc.), ce qui rendra la tâche de la reconquête particulièrement difficile pour Dominique Perben. Nicolas Sarkozy a cependant augmenté les chances de victoire de l’ancien Garde des Sceaux et Ministre des Transports des gouvernements Raffarin et Villepin en obtenant le ralliement à Dominique Perben du MoDem, grâce à une promesse de nomination de son leader local Michel Mercier, Sénateur du Rhône, lors du prochain remaniement ministériel qui devrait intervenir à l’issue des municipales.
S’agissant de Paris, la reconduite de Bertrand Delanoë apparaît quasiment assurée, grâce à un bilan très positif reconnu aussi bien à gauche qu’à droite. Nicolas Sarkozy n’a d’ailleurs aucun intérêt à ce que la capitale repasse à droite, le poste de Maire de Paris constituant fréquemment un tremplin pour une ambition présidentielle. Notons cependant l’intérêt porté par le Président de la République dans la reconquête du 12ème , arrondissement clé lors des prochaines municipales. Après l’échec d’Arno Klarsfeld aux élections législatives dans la circonscription couvrant cet arrondissement, ce qui a privé le très médiatique avocat d’un Secrétariat d’Etat, c’est l’ex-MoDem Jean-Marie Cavada qui brigue pour la majorité présidentielle la Mairie d’arrondissement, suivi sur sa liste de la Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi Christine Lagarde. L’ancien présentateur de «La Marche du Siècle» cherche également à faire du 12ème arrondissement un tremplin pour un portefeuille ministériel. Preuve de l’intérêt des partis politiques pour cet arrondissement clé, le MoDem y a investi l’ex-candidate à l’élection présidentielle et Présidente de CAP 21 Corinne Lepage.
Le Parti Communiste joue quant à lui une partie de sa survie tant politique que financière. Disposant actuellement d’un réseau d’élus locaux, notamment municipaux, importants, le PC cherche avant tout à conserver ses bastions, en région parisienne et dans les Bouches-du-Rhône en particulier.
Cette échéance sera en tout cas en mesure de faire un état des lieux des rapports de force politiques près d’un an après le début de la rupture sarkozyste. A suivre avec attention.


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